Conférence "Art brut : de l'effroi de l'asile aux cimaises des musées et des salles des ventes"

Depuis toujours, des originaux, parfois fous, fréquemment privés de liberté ou juste isolés, ont griffonné, dessiné, peint, sculpté, créé, de bric et de broc. Ils tentaient ainsi de rendre compte de leur vision singulière du monde en trompant, par la même occasion, le terrible ennui, le profond dénuement ou l’humiliation extrême de leur existence marginale.

 

Pendant très longtemps, ces productions troublantes, n’intéressant personne, étaient rapidement détruites. Plus rarement, elles finissaient dans quelques cabinets de curiosités à l’usage d’entomologistes de l’âme humaine qui en faisaient des preuves, supposées infaillibles, de l’esprit en ruine de leurs créateurs, prétendument perdus pour la science, les arts, le commerce, le bon goût et le progrès magnifié d’une société civilisée.

 

Ces productions obscures rencontrent une première fois le grand public en partageant l’affiche avec l’art moderne que le nazisme espère ainsi dénigrer. Tous deux constituent alors, dans le même opprobre, l’art dégénéré.

 

Août 1945, le peintre Jean Dubuffet, lui-même scandaleux, parle, pour désigner ces productions hors-les-normes, d’art brut.

 

Issu essentiellement d’anonymes du commun, l’art brut attendra pourtant encore le début des années 1990 pour devenir un blockbuster des musées et très « bankable » sur le marché de l’art.

 

Pérégrinations au cœur de l’histoire, de protagonistes, de controverses, de l’art brut qui réussit à nous ébranler alors même qu’il n’a jamais été destiné à un large public…

 

 

Par le Docteur Yvon ATAMANIUK, Psychiatre des Hôpitaux


Pièces jointes