Jackie LUSSE

Maître de conférences honoraire

Université de Lorraine

Résumé

Vue aérienne de Beaumont en Argonne
Charte de franchise d'Aubreville (Arch. Nord B 790)

Sous les carolingiens, tous les hommes libres devaient le service militaire au souverain chaque fois que le souverain leur demandait. Mais seuls les plus riches avaient les moyens de financer leur équipement.

A partir de la fin du Xe siècle, on assiste à une multiplication des châtellenies, dont les détenteurs détenaient le droit de ban et notamment le commandement militaire. Le cœur de ces armées était constitué par les chevaliers. Mais, surtout dès le XIIe siècle, les textes mentionnent des hommes libres qui ne sont ni des vassaux détenteurs d’un fief, ni des milites mais qui devaient à leur seigneur, l’ost et la chevauchée c’est-à-dire le suivre lors des expéditions militaires. Dans certains cas, également, ils assuraient un service de guet dans un château seigneurial. Ce service militaire fit l’objet d’un ou plusieurs articles dans les chartes de franchise dont l’objectif était de régler les relations entre un seigneur et les habitants d’une localité, les bourgeois.

Les seigneurs cherchèrent souvent à conserver ce devoir alors que les habitants souhaitaient le limiter, voire le supprimer. Le service militaire fut alors subordonné à des conditions précises (guerre offensive et défensive ; présence du seigneur) ; sa durée ainsi que la zone d’intervention furent limitées ; le financement des opérations militaires fut réglementé ; des prescriptions concernèrent l’armement des bourgeois. En dehors d’exemptions bien définies, la participation à l’ost et la chevauchée furent obligatoires et toute absence non justifiée était sanctionnée par une amende.

Biographie

 Jackie Lusse a été maître de conférences en histoire médiévale à l'université de Reims de 1991 à 2000 et de Nancy2 de 2000 à 2007. Après une thèse consacrée au diocèse de Laon du Ve au Xe siècle, il consacre ses recherches à l'histoire du peuplement et de l'occupation de l'Argonne au Moyen Age. Il est actuellement vice-président de la Société d'agriculture, commerce, sciences et arts du département de la Marne et du Centre d'études argonnais.

Bibliographie sélective

Henri D’ARBOIS DE JUBAINVILLE, Histoire des ducs et des comtes de Champagne, t. IV, 1181-1285, 2e partie, Paris-Troyes, 1865, p. 704-734.

Edouard BONVALOT, Le tiers-état d’après la charte de Beaumont et ses filiales, Paris, 1884

René BOURGEOIS, Du mouvement communal dans le comté de Champagne aux XIIe et XIIIe siècles, Paris, 1904.

La charte de Beaumont et les franchises municipales entre Loire et Rhin, Actes du colloque organisé par l’institut de recherche régionale de l’Université de Nancy-II (Nancy, 22-25 septembre 1982, Nancy, 1988

 

Jean-Marie CAUCHIES, « Service du seigneur et service du comte : ost et chevauchée dans les chartes de franchises rurales du Hainaut (XIIe-XIIIe siècles », dans Guerre, pouvoir, principauté, Cahiers du Centre de recherches en histoire du droit et des institutions, n° 18, 2002, p. 37-51 ;

Philippe CONTAMINE, La Guerre au Moyen Âge, collection Nouvelle Clio, Paris, 1980, rééd. 2003.

Armelle HOUOT-CHARREYRE, Autour de la charte de Beaumont : les franchises rurales et urbaines en Argonne et en Ardenne de la fin du XIIe au milieu du XIVe siècle, Mémoire de maîtrise de l’Université de Nancy II, s. d.

Edmond PERRIN, « Catalogue des chartes de franchise de la Lorraine antérieures à 1350 », Annuaire de la Société d’histoire et d’archéologie de la Lorraine, t. XXXIII, 1934, p. 269-413.

Maurice PROU, « De la nature du service militaire du par les roturiers aux XIe et XIIe siècles, Revue historique, t. XLV, novembre-décembre 1890, p. 313-327.

Maurice PROU, Les coutumes de Lorris et leur propagation aux XIIe et XIIIe siècles, Paris, 1884

Marcel WALRAET, « les chartes-lois de Prisches (1158) et de Beaumont-en-Argonne (1182). Contribution à l’étude de l’affranchissement des classes rurales au XIIe siècle », Revue belge de philologie et d’histoire, t. 23, 1944, p. 127-162.

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