Camille MORATA

Professeur d’histoire-géographie

doctorant – EA 4424 CRISES – Université Paul Valéry – Montpellier 3

Résumé

Jean Bouin fut avec Georges Carpentier, le champion de l’avant Grande Guerre. Médaillé d’argent lors du 5000 mètres des Jeux Olympiques de Stockholm en 1912 et recordman du monde de l’heure en parcourant plus de 19 kilomètres. Programmé pour être le héros des Jeux Olympiques prévus en 1916 à Berlin, il meurt foudroyé par les obus à Xivray, le 29 septembre 1914 et désormais c’est à la société de devenir le héraut de ses exploits sportifs et militaires.

Dans un sport en pleine phase de médiatisation et de modernisation, il apparait comme une vedette et le vecteur de la constitution d’une culture sportive de masse.

Cette contribution peut s’intégrer parfaitement dans l’axe « Culture et loisirs ». Elle vise à mettre en avant la construction du mythe du soldat Jean Bouin par les civils tant en temps de guerre qu’en temps de paix. Il sera alors intéressant d’observer par quels modus operandi cette « mythification » s’est réalisée.

A travers la presse maquillant parfois les circonstances de la mort du champion pour le représenter allégoriquement, criant dans un dernier souffle « Vive la France ! Vengez-moi »

Via l’érection de lieux de culte : la sépulture au château de Bouconville sur Madt devenue lieu de pèlerinage malgré sa situation en plein champ de bataille. L’Auto publiant une photographie de trois soldats posant devant la dernière demeure du champion.

La stèle en l’honneur du champion toujours à Bouconville, inaugurée le 23 avril 1966, devant un parterre de figures de l’athlétisme français comme Alain Mimoun ou Michel Bernard. 

La statue à son effigie au parc Borely de Marseille (cité natale de Jean Bouin) célébrée le 5 juin 1922 par une communauté de civils ; famille du sportif dont Madame Bouin ; champions dont les anciens soldats Joseph Guillemot et Georges Carpentier ; politiques avec le Haut-commissaire au sport Paté et de militaires (Généraux, Amiraux). Les discours se suivent saluant le sacrifice du champion pour sa patrie et l’exemple pour les nouvelles générations. Cimetière Saint Pierre de Marseille et Stade Vélodrome avec le transfert de la dépouille de Jean Bouin pour le premier et de la statue pour le second.

Selon le développement du thème de l’immortalité de l’athlète (publication post-mortem de sa dernière lettre, de son ultime photographie dans l’Auto). Dans un éditorial, le célèbre journaliste Henri Desgrange assimile Jean Bouin à la cathédrale de Reims tous deux ébranlés par les obus et le feu, cette dernière perdurera comme le souvenir de l’athlète. Caractère sacré du champion développé avec la mise en vente d’une breloque à son effigie pour 1,40 franc afin que ses admirateurs puissent avoir la relique « du saint champion ».

Sa mémoire est cultivée chaque année à la date anniversaire de sa mort dont la dixième où il est demandé le respect d’une minute de silence dans toutes les enceintes sportives de l’hexagone.

Dès 1916, toute une odonymie commémore Jean Bouin à travers des stades, des clubs de sport, des compétitions et des artères (une pétition est lancée à cette date à Marseille).

Cette contribution se base sur l’utilisation de diverses sources : presses (Est Républicain, L’Auto), archives de la Société Générale (Jean Bouin fut licencié au Club Athlétique de la Société Générale), du Département de la Moselle (documents administratifs sur l’érection de la stèle), monuments à l’effigie du champion (Stèle de Bouconville sur Madt, Statue et buste de Jean Bouin à Marseille).

En outre, cette étude se situe au croisement de l’Historiographie, bien évidemment militaire, culturelle, sociale (réflexion sur les « sorties de guerre »), du sport.

Biographie

Professeur d'Histoire-Géographie dans le secondaire dans le département de l'Aude, Morata Camille a réalisé un Mémoire de Master II Meef sur l'utilisation des monuments aux morts dans un but pédagogique. Ce mémoire est poursuivi par la réalaisation d'une thèse en Histoire Contemporaine sur la Commémoration des sportifs tombés au champ d'honneur avec le Laboratoire Crises de l'université Paul Valéry de Montpellier (ED 58).

Bibliographie sélective

Les Monuments aux morts comme support pédagogique, Mémoire de Master II Meef, Parcours Histoire-Géographie, Université Perpignan Via Domitia, 2019

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