Bruno PRATI

Docteur en histoire contemporaine

EA 2273 Centre Lucien Febvre – Université de Franche-Comté

Résumé

CF Ravitail-lard
Réparation automobile

En août 1914, la « Grande Peur » (selon l’expression de Philippe Nivet), provoque l’exode de ceux qui le peuvent. Si de nombreux industriels rejoignent Paris, Georges Camion rentre volontairement de villégiature pour sauvegarder et défendre ses usines de Vivier au Court à l’instar de son père lors de la guerre de 1870.

Le 27 juillet, dans le Jura, Simone, sa fille de 18 ans, relève dans la première page d’un journal intime qui ne s’achèvera que le 15 novembre 1918, l’inquiétude de sa famille à la suite du départ brutal d’un capitaine rappelé immédiatement à son poste.

Les maisons des notables seront ensuite réquisitionnées pour les officiers supérieurs. Durant près de 51 mois, le partage du domicile familial avec différents membres de l’état-major allemand introduit de nouvelles conditions d’existence qui, entre promiscuité et proximité avec l’occupant, participe à cette immense expérience de psychologie sociale évoquée par Marc Bloch. Rédigé dans ce contexte, le journal de Simone Camion se révèle une source inédite pour mesurer le poids de la cohabitation forcée et les interactions de la famille avec l’occupant.

Toutefois, les faits recueillis par Simone doivent être analysés avec précaution : son père, Georges Camion est un puissant industriel qui préside le comité de ravitaillement pour les Ardennes envahies ; il est en contact régulier avec les délégués neutres et le Grand quartier général allemand de Charleville. Il s’avère donc nécessaire, afin d’affiner l’étude de cette source, de la croiser avec d’autres récits tant de ceux qui se considèrent « civils sur le front » que de soldats occupants.

Les objectifs de cette communication sont par conséquent multiples. Il convient dans un premier temps d’analyser la gradation des réquisitions jusqu’à la destruction des moyens de production de l’usine Camion. Dans un second temps de comprendre si, malgré la perception de l’altérité de l’étranger, une normalisation des relations entre occupants et occupés a eu lieu ; ensuite de s’interroger sur la situation de civils combattants de Georges Camion et de sa famille. Enfin, nous étudierons les conséquences directes de ce monde clos quand, en novembre 1918, les champs de bataille laissent place à une France divisée dans laquelle s’opposent les régions envahies et les régions de l’intérieur.

Bibliographie sélective

BECKER Annette, Les cicatrices rouges 14-18, France et Belgique occupée, Paris, Fayard, 2010.

BLOCH Marc, « Réflexion d’un historien sur les fausses nouvelles de la guerre », Revue de synthèse historique, tome XXXIII, 1921, p. 13-35.

HORNE John, « Corps, lieux et nation : la France et l'invasion de 1914 », Annales. Histoire, Sciences Sociales, n° 1, 2000, p. 73-109.

NIVET Philippe, La France occupée, 1914-1918, Paris, Armand Colin, 2011.

PRATI Bruno, « Le Syndicat des industriels métallurgistes ardennais et la reconstruction des fonderies dévastées 1918-1929 », in Eck Jean-François et Heuclin Jean (dir.), Les bassins industriels des territoires occupés 1914-1918, Valenciennes, Presses universitaires de Valenciennes, 2016, p. 323-344.

Biographie

Docteur en histoire, il est chercheur associé au Centre Lucien Febvre à l’université de Franche-Comté. Sa thèse, La Fonte Ardennaise et ses marchés, histoire d’une PME familiale dans un secteur en déclin (1926-1999), sous la direction du professeur Jean-Claude Daumas, pour laquelle il a obtenu le prix d’histoire de l’Académie François Bourdon, a été publiée en 2016 (Besançon, Presses universitaires de Franche-Comté). Ses recherches actuelles portent sur la reconstruction des régions envahies lors de la Grande Guerre, la désindustrialisation et les alternatives économiques dans l’industrie.

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