Camille CRUNCHANT

Doctorante – EA 7392 AGORA – Université de Cergy-Pontoise

Résumé

L’une des conséquences de la professionnalisation de l’armée qui s’opère à partir de la seconde moitié du XVIIe siècle est la création de casernes, pour héberger de façon pérenne les soldats qui, jusque-là, étaient à la charge des habitants des villes dans lesquelles ils se trouvaient. C’est peut-être d’ailleurs à Nancy que fut construite la toute première caserne sur le territoire national, à la demande de Louis XIII et Richelieu, lors de l’occupation de la ville par la France, entre 1670 et 1698. Ainsi, Nancy compte trois autres lieux dédiés au casernement en 1717 – le quartier Saint-Jean, la caserne Saint-Nicolas et la maison de M. de Curel, avant que ne soit établi le quartier Neuf en 1755 et le quartier Royal en 1763.

Mais ces constructions, qui se poursuivent tout au long du XVIIIe et au début du XIXe siècle – on estime que ce n’est qu’à cette période que la capacité des casernes permet enfin de loger l’ensemble des soldats de l’armée française -, ne résolvent pas l’ensemble des difficultés. Les tensions entre les sphères civiles et militaires demeurent. La cohabitation prend des tours divers, dont on retrouve la trace dans les règlementations locales et dans les délibérations municipales. Ainsi, on retrouve la trace de pétitions demandant l’édification d’une caserne, alors qu’à d’autres moments, les pétitions viennent à l’appui de plaintes pour nuisances. Parfois, on parvient à avancer en bonne intelligence, parfois les tensions s’exacerbent. Parfois on entend les demandes des citadins, parfois la contrainte prend le pas sur la négociation.

Dans le même temps, ces implantations, même si elles sont autant que faire se peut déportées à la périphérie des villes – c’est en tout cas la recommandation de Louvois –, provoquent une modification urbanistique des villes, et transforment les paysages. Cela se retrouve, dans les archives, autour de décisions d’expropriation, par exemple, ou à l’occasion du percement de nouvelles rues. Profonde, durable – elle est encore souvent visible aujourd’hui –, cette « empreinte militaire » ne laisse naturellement personne indifférent.

À partir d’un état des lieux des casernes nancéiennes, nous étudierons l’évolution des relations entre civils et militaires, ainsi que l’impact - sur le bâti et les paysages - de ces infrastructures.    

Biographie

Camille CRUNCHANT est doctorante en histoire moderne à l’Université de Cergy-Pontoise sous la direction de François Pernot et de Laurent Jalabert. Allocataire du Ministère des Armées au titre de ce doctorat pour la troisième année consécutive, elle travaille sur l’empreinte militaire, à la fois du point de vue du patrimoine – comment évolue le bâti militaire au fil des années ? -, et mémoriel – comment l’armée s’inscrit-elle dans la vie quotidienne ? -.

Bibliographie sélective

« Autorités affrontées : Verdun, le conflit et le compromis XVIe - XVIIIe », Échanges, Annales de l'Est, N° spécial 2014, pp. 179-200.

« Le corps du génie comme incarnation des sciences et techniques au sein de l'armée : l'exemple de l'École royale du génie de Mézières (1748 – 1794) », Conflits et progrès scientifiques et techniques en Lorraine à travers les siècles, 17-18 octobre 2014 à Metz, Edhisto

Le patrimoine hospitalo-militaire mosellan du XVIIIe à nos jours, Le patrimoine militaire du Grand Est, Annales de l’Est, à paraître 2019.

Actualités